BARCELONE lutte efficacement contre les discriminations
Rencontre avec Joaquim Mestre, Maire-Adjoint en charge des Droits Civils.
Alors qu’un débat et une réflexion sur les discriminations et la diversité sont d’actualité en France, tant sur le plan national que local, la Ville de Barcelone œuvre depuis plus de 10 ans dans ce domaine, et va même jusqu’à mettre en place un plan pour les droits LGBT.
Barcelone est une métropole européenne, capitale régionale de la puissante Catalogne, de 1,6 millions habitants, dont plus de 100 000 homosexuel-le-s selon les chiffres officiels. C’est aussi la 2ème destination touristique gay au monde. Et c’est aussi une de mes destinations de vacances favorite. A l’occasion d’un de mes précédents voyages dans cette ville, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant une brochure municipale explicitant un projet de plan pour les droits LGBT. Certes l’Espagne a légalisé il y a quelques année le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, mais une politique aussi volontariste sur la question des droits m’est apparu surprenante au regard de la place de l’Eglise dans ce pays, et de nos propres actions en France dans ce domaine. Notre nation était déjà très en retard dans la lutte contre les discriminations par rapport aux pays anglo-saxons, selon l’aveu même du président de la HALDE, Louis SCHWEITZER, la voilà maintenant en retard par rapport à certain pays du sud de l’Europe…D’où l’idée de creuser un peu la question et de ramener quelques idées à Bordeaux.
Pour aller au fond de la question, autant interroger la source même de la politique, à savoir les responsables de celle-ci. C’est pourquoi, avec Fabien ROBERT, Maire-Adjoint de Bordeaux (www.fabienrobert.com), nous avons demandé à rencontrer Monsieur Joaquim MESTRE, l’un des quatre Adjoints au Maire de Barcelone, en charge des droits civils. Cette rencontre a eu lieu le 14 juillet dernier, et nous a permis de voir à quel point la Ville de Barcelone est en avance sur bien des questions.
Une démocratie représentative et consultative
Le conseil municipal de Barcelone est composé de 42 membres, à majorité de gauche, Joaquim MESTRE étant lui-même Vert. Au sein du conseil, il n’y a aucun représentant des minorités visibles, ni de la communauté LGBT (officiellement en tout cas). Alors comment Barcelone peut-être en pointe sur les questions de discriminations ? C’est par le biais d’une trentaine de conseils municipaux consultatifs, qui sont thématiques : LGBT, étrangers extra-européens….Loin d’être un simple outil de débat, type « Conseil économique et social » à la française qui à force de parler de tout, ne produit pas grand-chose, ces conseils municipaux had hoc ont une vraie reconnaissance institutionnelle qui leur confère un pouvoir réel de proposition. Et force est de constater que les élus, produits de la démocratie représentative, ne se sentent pas délégitimés par cette démocratie consultative, mais bien au contraire qu’elle renforce leur place en les rapprochant du peuple tel qu’il est.
Des statistiques ethniques mais pas de discrimination positive
Le débat sur les statistiques ethniques est tranché depuis bien longtemps puisque toute personne résidant à Barcelone doit s’inscrire à la Mairie et remplir un questionnaire précisant notamment l’origine des nouveaux arrivants. C’est ainsi que l’on dénombre entre 10 et 15% d’étrangers extra-communautaires à Barcelone. Nationalité espagnole semble beaucoup plus difficile à obtenir qu’en France et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles il a si peu d’élus issus de la diversité. Mais la démocratie représentative évoquée plus haut permet d’aller encore plus loin dans la prise en compte politique des problématiques sociétales rencontrée par les minorités. En France, le débat se focalise peut-être un peu trop sur la représentation des minorités au sein de la classe politique, oubliant un peu vite que l’affichage n’est pas une politique en soit, et que faire une place aux minorités ne fait pas une politique de lutte contre les discriminations….A noter qu’il ya un député d’origine Marocaine au parlement de Catalogne. Et personne ne doute de ses compétences, tant la discrimination positive est à l’inverse de la logique à l’œuvre. Seule la parité a été instaurée.
Un bureau municipal pour la non-discrimination
Le dispositif de lutte contre les discriminations est multiple, et engage tous les niveaux de responsabilité. La Mairie, qui engage 3 millions d’euros chaque année pour les droits civils, propose notamment des formations à tous ses agents, et en particulier aux 2500 policiers municipaux. La police de Catalogne fait elle aussi beaucoup d’efforts pour lutter contre les discriminations, et en particulier contre l’homophobie, en incitant les victimes à porter plainte dans un bureau spécifique et en délivrant des conseils pour éviter les risques d’agression. Un « Syndic » ou « Housemen » indépendant, équivalent espagnol de notre HALDE peut également être saisi en cas de discrimination, et il est assez souvent en conflit avec les administrations locales.
L’action qui est sans doute la plus représentative est le financement par la Ville de Barcelone d’un Bureau municipal pour la non-discrimination. Composé de 7 personnes salariées, dont des psychologues, des travailleurs sociaux et des juristes bénévoles, ce bureau accueille depuis 10 ans les victimes de toutes les discriminations. Ses missions sont l’écoute, le soutien, l’instruction des plaintes, et la transmission de ces dernières au procureur ou à la police. Les résultats de cette politique volontariste sont perceptibles jusque dans le fonctionnement de ce bureau puisqu’à sa mise en place la majorité des plaintes étaient en rapport avec l’homophobie, et qu’aujourd’hui elles en représentent moins de 5%.
Un plan pour les droits LGBT
Malgré cette diminution importante des plaintes, la municipalité de Barcelone a décidé d’aller plus loin dans la lutte pour le respect des droits des personnes LGBT. Ainsi, un vaste plan va être mis en œuvre pour garantir ces droits et venir à bout des dernières discriminations existantes. Ce plan est précédé par une vaste étude des besoins de la population barcelonaise, dont les conclusions seront connues en septembre. Evaluer les problématiques spécifiques avant de proposer des solutions, écouter avant d’agir, sont autant de percepts que notre beau pays devrait peut-être s’approprier.
Ce plan pour les droits LGBT fait l’objet d’un consensus politique assez large, puisqu’il a le soutien de 4 groupes sur 5 au conseil municipal, seul le PPE (Parti populaire européen, conservateurs) s’étant mis en retrait lors des débats préliminaires, ce qui laisse présager à Joaquim MESTRE son abstention lors du vote du plan.
Seule ombre au tableau : 2 élus de la municipalité ne célèbrent pas de mariage homosexuel. L’une, issue du PPE, considère que le mariage est une institution exclusivement religieuse, et l’autre ne souhaite pas célébrer seulement les mariages entre personnes du même sexe. Mais tout cela est peu de chose au regard des 12 000 maires français (sur 36 000) qui avaient signé une pétition contre la signature du PaCS en Mairie lors du débat parlementaire, et du peu de Maires qui proposent à l’heure actuelle une célébration républicaine en mairie. A ce jour, seul Philippe MEYNARD en propose à Barsac.
Barcelone a tenu toutes ses promesses : derrière la communication, il y a une vraie politique de lutte contre les discriminations et de promotion des minorités. A l’heure où cette question est en débat en France, espérons que nos élus sauront prendre en compte les solutions adoptées par nos voisins européens, et qu’en particulier le Maire de Bordeaux saura s’inspirer de l’expérience de Barcelone en matière de lutte contre les discriminations, comme il le fait déjà pour d’autres aspects de la politique locale.
