Interview d’Alain Juppé pour CENTR’EGAUX

Monsieur le Maire, êtes-vous favorable à une union civile entre personnes du même sexe, qui offrirait les mêmes droits que le mariage ?

Je suis résolument contre toutes les formes de discriminations. C’est pourquoi je suis tout à fait favorable à une totale égalité des droits, au travers d’une union civile. Je suis plus dubitatif sur la notion de mariage car je ne comprends pas pourquoi il faudrait absolument utiliser ce mot, qui évoque une relation hétérosexuelle. L’important reste l’égalité des droits.

Vous seriez favorable à une union civile signée en Mairie ?

Oui je le suis. Du moins si la loi le permet.

De nombreuses familles homoparentales existent aujourd’hui. Si le parent biologique vient à disparaître, le second parent n’a aucun droit et l’enfant se retrouve alors, dans certains cas, orphelin. Ne pensez-vous pas, comme François Bayrou, que l’adoption simple serait un moyen de solutionner ce problème ?

J’entends l’argument des difficultés qui sont rencontrées par les familles homoparentales. J’entends aussi celui qui rend possible l’adoption pour un célibataire, même s’il est homosexuel, alors qu’on la refuse à un couple de personnes du même sexe. Malgré cela, je suis réticent à l’idée d’adoption.

Vous seriez prêt à en débattre publiquement de l’adoption en présence d’experts ?

Je suis tout à fait ouvert au débat, et je répondrais bien volontiers à votre invitation le cas échéant.

Les études montrent que le taux de tentatives de suicide chez les jeunes gays est 5 à 7 fois supérieur que chez les jeunes hétérosexuels. Or la ville de Bordeaux ne possède plus de centre spécifique d’accueil et d’écoute pour les jeunes en difficultés par rapport à leur orientation sexuelle, à la différence de la quasi-totalité des grandes villes françaises. Soutenez-vous l’idée d’un centre de ce type à Bordeaux ?

Je n’ai été saisi à ce jour d’aucun projet de ce type. Mais si je venais à l’être, je le soutiendrai bien évidemment.

La dernière note publiée par l’Institut Montaigne qui s’intitule « Ouvrir la politique à la diversité », donne des chiffres surprenant sur la place qui est faite aux « minorités visibles » au sein de l’exécutif municipal bordelais. En effet, Bordeaux serait dernière, parmi les 10 villes les plus importantes, pour le nombre d’adjoints issus d’une minorité visible, puisqu’il y n’y en a aucun, et avant-dernière pour le nombre de conseiller municipaux délégués, avec 3 seulement.

Je n’ai pas eu connaissance de cette étude et je vous serais très reconnaissant de me la faire passer. A sa lecture, je m’aperçois que Bordeaux certes n’a aucun adjoint issu d’une minorité visible, mais que Marseille, Lyon, Toulouse, Nice, Strasbourg, Montpellier…en ont un. Le fossé n’est pas large ! Je crois que beaucoup a été fait dans ce domaine, puisque nous avons 3 conseillers municipaux issus d’une minorité visible, mais je suis prêt à faire davantage. Cependant, je pense que cela n’est pas forcément le bon indicateur pour évaluer la qualité d’une politique d’intégration. La ville de Bordeaux, à la différence d’autres, est très apaisée. Il n’y a pas de problème ni avec ni entre les différentes communautés. Que ce soit les personnes d’origine étrangères ou les homosexuels, je pense que tout le monde vit bien à Bordeaux et se sent parfaitement intégré.

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